Nicolas Garant

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Kiwi, l’oiseau qui marche,
techniques mixte sur toile,
30x30 po. 2008

L’aptéryx, de son nom scientifique, c’est un oiseau ratite qui marche et court à défaut de voler. En somme, c’est un peu nous. Alors que l’homme s’est inventé des ailes pour quitter le sol, et faire ainsi ce que sa condition originelle lui refusait, le kiwi, lui, s’est donné de la vitesse pour tenter d’échapper à son «imperfection». Ce parallèle n’a pas pour but de rejouer la trop classique opposition nature/culture. Il incite davantage à nous demander si le manque n’est pas, au fond, le trait le plus essentiel de la condition humaine, sa force et sa faiblesse tout à la fois. Car c’est cet aspect qui pousse l’homme à redéfinir constamment sa condition, avec tous les avantages et les désavantages que suppose l’exploitation sans fin de cette ouverture générique. On aura beau souligner le lien naturel et harmonieux qui lit l’aptéryx à son environnement, le kiwi demeurera toujours un oiseau sans ailes, et donc, comme l’homme, un être du manque et du désir. Un oiseau qui court.

Terre à terre,
techniques mixte sur toile,
16x16 po. 2008

Terre à terre en raison des couleurs, des tons (ocre de Roussillon) et des textures. Mais aussi pour infirmer le rapport au monde auquel renvoie cette notion, en rappelant que même sous cet art de vivre profondément humain, domine l’enchantement. Mais qu’est-ce donc qu’un esprit terre à terre, sinon une personne qui a des préoccupations triviales, prosaïques et qui, loin de s’intéresser aux choses nobles de la vie, l’art par exemple, se cantonne dans l’ordre de la quotidienneté et se contente des petits plaisirs de la vie matérielle. Or, voir ainsi, c’est oublier que la vie prosaïque, matérielle, bref la vie terre à terre est au contraire pleine de légèreté, d’élévation, de crédulité. Même en étant fondamentalement terre à terre, la condition humaine ne peut se cantonner dans l’ici-bas, et se résoudre à ignorer les tentations d’absolu qui se dressent sur son chemin et lui offrent d’alléger sa situation.

PDRI (Principe de raison insuffisante),
techniques mixte sur toile,
40x60 po. 2008

Ce principe, c’est celui de l’écrivain Musil et de son personnage central, Ulrich, qu’il définit en ces termes dans L’homme sans qualités : «Dans notre vie réelle, je veux dire notre vie personnelle, comme dans notre vie historique et publique, ne se produit jamais que ce qui n’a pas de raison valable». Ce qui se cache derrière ce principe, c’est ni plus ni moins la condition de l’homme moderne, laquelle renvoie à la transformation inéluctable des sociétés qui s’opère avec le désenchantement et la rationalisation du monde. Ce destin est suffisamment paradoxal pour ne pas se laisser enfermer dans les énoncés précis de l’analyse philosophique et sociologique. L’artiste le sait pour avoir largement exploité cette avenue. C’est pourquoi il éprouve le besoin de prolonger sa réflexion sur ce thème par le biais de la peinture, dont la force réside précisément dans cette capacité à maintenir l’interrogation ouverte. Une qualité qui s’accorde bien avec l’évolution ironique de la civilisation moderne, dont les développements fabuleux semblent échapper, à l’instar du Prométhée moderne de Mary Godwin Shelley, au contrôle de l’homme et se retourner contre lui.

À portée de l’art,
techniques mixte sur toile,
20x24 po. 2008

Ironique, ce titre renvoie aussi plus sérieusement à une réalité, celle de l’art comme partie intégrante de notre mode de vie, et à la contradiction qui s’y cache. D’un côté, il y a bien sûr l’évasion, l’inspiration ou simplement la stimulation auxquelles participent les morceaux d’art que l’on rencontre dans notre quotidien. De l’autre, il y a la banalisation de l’art, rabaissé au rang de marchandise, de pièce de mobilier, d’élément de décoration intérieure. Il ne s’agit pas de déplorer cet état, encore moins de le dénoncer. Il s’agit seulement de prendre toute la mesure du paradoxe : comme le pouvoir, l’art n’est plus sacré, ni traditionnel, mais convivial. En se l’appropriant pleinement, sans révérence ou soumission aucune, l’homme s’est aussi mis en situation de désenchanter l’art, de le couper de tout référent objectif et transcendant capable d’élever ses produits et de les soustraire à l’homme. À portée de l’art signale la distance ténue qui nous en sépare désormais, l’art étant désormais incapable d’engendrer cet écart qui fut, comme pour toute forme d’autorité (religion, patrie, État), au fondement de sa légitimité..

Savane,
technique mixte sur toile,
54x36 po. 2009

Déjeuner sur l’herbe,
technique mixte sur toile,
40x30 po. 2009

Signes des temps,
technique mixte sur toile,
30x36 po. 2009

À première vue, un paysage s’impose. Pas de doute, nous contemplons bel et bien un espace, un territoire, voire même une nature préservés de toute intervention humaine. Et pourtant, des signes au sein du tableau viennent rapidement troubler cette première impression. Trop répétitives et géométriques pour être naturelles, ces traces trahissent une présence, passée ou à venir. La série de rectangles évoquent des terres en friche, abandonnées ou en voie d’être exploitées. Quant aux nuages, on comprend assez vite qu’ils empruntent à une réalité autre que celle des phénomènes atmosphériques. D’un côté, ils expriment le rapport ludique et égocentrique que l’enfant entretient avec le monde extérieur. Car pour l’enfant, le monde extérieur n’existe pas, il n’est que la continuité de son corps, de ses sens, de ses doigts. D’où la facilité déroutante avec laquelle il arrive à percevoir un mouton à la place d’un froid et scientifique cumulus. D’un autre côté, on peut aussi percevoir dans ces formes nébuleuses les contours d’une écriture rudimentaire, inconnue. Se fait alors sentir la tentation d’aller au-delà des apparences afin d’en saisir le sens. Enfin, les ratures noires en forme de triangles signalent une saisie cartographique du territoire et une transformation géodésique de son relief. Ces traits révèlent une intention, un projet, une maîtrise probable de l’espace.

Bref, voilà autant de signes au sein d’un paysage qui nous amènent à penser que l’homme ne peut s’empêcher, même en étant absent, de signaler sa présence et sa prise sur le monde. La nature, les paysages immaculés, les grands espaces vierges sont des produits profondément humains, indissociables de la condition humaine. En fait, l’homme ne révèle jamais autant sa présence que lorsqu’il nous parle de son absence, et d’une nature délivrée de son empreinte.

Gated Community,
huile et ocre sur écorce de palmier,
22x20 po. 2009

L’exception,
technique mixte,
38x35 po. 2010

Modernité rupestre,
technique mixte sur toile,
36x36 po. 2007

Paysage urbain,
technique mixte sur toile,
48x30 po. 1999

Paris Match ’70 II,
technique mixte sur toile,
16x16 po. 2010

Océane fait du dessein,
technique mixte sur toile,
53x35 po. 2010.
Desseins et peintures d'Océane Bélanger-Garant

Claude,
technique mixte sur toile,
36x60 po. 2009

Les deux côtés du sapin,
collage, huile et ocre sur treillis métallique,
48x72 po. 2009

Paris Match ’70,
technique mixte sur toile,
36x36 po. 2010

Prométhée moderne,
collage, huile et ocre sur treillis métallique,
48x48 po. 2009

Sans titre,
huile sur toile,
56x42 po. 2008

Mirage,
technique mixte sur toile,
40x30 2003

Totem,
technique mixte sur bois de piano,
60x42 po. 2010

Far West (triptyque),
technique mixte sur toile,
3x(24x36 po.) 2007

D’un état à l’autre,
technique mixte sur toile,
48x22 po. 2000

Espace public,
ocre et huile sur toile,
28x9 po. 1999

Enclosure,
huile sur carton,
2x(56x18 po.) 1998

Le tôlard,
technique mixte sur tôle,
22x16 po. 2001

Le naufragé,
technique mixte sur bois,
16x14 po. 2008

Marque déposée,
technique mixte sur toile,
40x39 po. 2010